Comment se faire licencier sans perdre ses droits
Pourquoi la faute et l'abandon de poste sont des pièges, et quelle est la seule voie sûre quand votre santé est atteinte.
Vidéo de 2 minutes, lue par une voix de synthèse. Le texte ci-dessous en reprend l’essentiel.
« Comment se faire licencier sans perdre ses droits » : c'est l'une des questions les plus posées à Google par les salariés qui n'en peuvent plus. La réponse honnête tient en deux temps. On ne « se fait » pas licencier : c'est l'employeur qui décide. Mais il existe une voie, prévue par le code du travail, qui aboutit à un licenciement avec indemnité et chômage lorsque votre santé ne vous permet plus de tenir votre poste.
Pourquoi la faute n'est pas une solution
L'idée revient souvent : « je vais arriver en retard, mal faire mon travail, et il finira par me licencier ». C'est un mauvais calcul, pour trois raisons.
D'abord, rien n'oblige l'employeur à vous licencier. Il peut vous adresser des avertissements, vous mettre à pied, et vous laisser dans la situation que vous cherchez à fuir, avec un dossier disciplinaire en plus.
Ensuite, s'il vous licencie, ce sera pour faute grave : pas d'indemnité de licenciement (article L. 1234-9), pas de préavis, et une lettre de licenciement qui vous suivra. Vous aurez droit au chômage, mais vous aurez perdu tout le reste, parfois plusieurs mois de salaire.
Enfin, le cabinet n'accompagne pas ce type de démarche, et aucun avocat sérieux ne le fera. Ce n'est pas une question de morale : c'est que le résultat est mauvais pour vous.
L'abandon de poste ne mène plus au licenciement
Jusqu'en 2023, beaucoup de salariés quittaient leur poste sans prévenir, en attendant un licenciement pour faute qui ouvrait le chômage. Cette porte est fermée.
Désormais, le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne reprend pas le travail après une mise en demeure de l'employeur est présumé démissionnaire à l'expiration du délai fixé (article L. 1237-1-1 du code du travail). La mise en demeure est envoyée en recommandé ou remise en main propre, et le délai ne peut pas être inférieur à quinze jours (article R. 1237-13). Une démission ne donne pas droit à l'allocation chômage, sauf cas de démission légitime.
Le salarié peut invoquer un motif légitime dans sa réponse à la mise en demeure : raisons médicales, droit de retrait, modification imposée du contrat (article R. 1237-13). Mais ce n'est plus une stratégie de sortie, c'est un terrain contentieux. Si vous êtes déjà dans cette situation, répondez à la mise en demeure, par écrit, avant la fin du délai, et faites-vous conseiller sans attendre.
La seule voie sûre quand votre santé est atteinte : l'inaptitude
Si vous êtes épuisé, en arrêt de travail ou sur le point de l'être, et que vous savez que vous ne pourrez pas reprendre votre poste, le code du travail prévoit une issue qui n'est ni la démission ni la faute : le licenciement pour inaptitude.
Le point de départ est médical. Seul le médecin du travail peut vous déclarer inapte, après un examen, une étude de votre poste et un échange avec vous et avec l'employeur (article L. 4624-4). Ni vous, ni votre médecin traitant, ni un avocat ne décident de l'inaptitude.
Le recours au cabinet est en revanche très important à ce stade. Un salarié qui se présente seul à la visite, sans dossier préparé, en ressort souvent avec un avis d'aptitude avec réserves, ou renvoyé vers son médecin traitant pour prolonger l'arrêt. Le cabinet vous aide à construire votre dossier médical, prépare à l'intention de vos médecins les modèles d'attestation dont ils auront besoin, écrit au médecin du travail pour lui exposer les faits, les dates et leurs conséquences sur votre santé, et devient votre intermédiaire auprès de lui tout au long de la procédure. Il ne décide pas de l'inaptitude et ne peut pas la garantir ; il vous donne toutes les chances d'obtenir un avis d'inaptitude. Voir « Burn-out : quitter son emploi sans démissionner ».
Une fois l'inaptitude constatée, l'employeur doit rechercher un reclassement, sauf si le médecin du travail a indiqué que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à votre santé (article L. 1226-2-1). S'il n'y a pas de poste, ou si vous refusez celui qui est proposé, il doit vous licencier. Il a un mois pour le faire ; passé ce délai, il doit reprendre le paiement de votre salaire (article L. 1226-4).
En parallèle, une mise en demeure adressée à l'employeur l'amène souvent à négocier une rupture conventionnelle : voir « Rupture conventionnelle refusée : que faire ? ». Le cabinet travaille sur ces deux voies en même temps.
Ce que vous touchez à la sortie
Le licenciement pour inaptitude n'est pas un licenciement pour faute. Vous percevez :
- votre indemnité de licenciement, légale (un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, un tiers au-delà, article R. 1234-2) ou conventionnelle si elle est plus favorable, dès huit mois d'ancienneté (article L. 1234-9) ;
- vos congés payés acquis et non pris ;
- si l'inaptitude a une origine professionnelle, une indemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale et une indemnité égale au préavis (article L. 1226-14) ;
- l'allocation chômage, puisqu'il s'agit d'une perte involontaire d'emploi.
Le préavis n'est pas exécuté et, pour une inaptitude non professionnelle, il n'est pas payé, mais il compte dans le calcul de l'indemnité (article L. 1226-4). Le détail des sommes dues figure sur la page « Burn-out : quitter son emploi sans démissionner ».
Questions fréquentes
Est-ce que je peux demander à mon employeur de me licencier ?
Vous pouvez le lui demander, mais il n'est pas obligé d'accepter, et un licenciement « de complaisance » sans motif réel est fragile pour lui comme pour vous. La demande raisonnable est celle d'une rupture conventionnelle ; si elle est refusée, la mise en demeure et, selon votre état de santé, la procédure d'inaptitude sont les voies à examiner.
Un licenciement pour faute simple ouvre-t-il le chômage ?
Oui. Tout licenciement, même pour faute grave, ouvre droit à l'allocation chômage si les autres conditions sont remplies. Mais la faute grave supprime l'indemnité de licenciement et le préavis, et personne ne peut vous garantir qu'un employeur licenciera plutôt que de sanctionner.
L'abandon de poste permet-il encore de toucher le chômage ?
En principe non, depuis 2023 : après une mise en demeure restée sans effet, vous êtes présumé démissionnaire (article L. 1237-1-1), et la démission n'ouvre pas le chômage sauf cas de démission légitime. Vous pouvez contester la présomption devant le conseil de prud'hommes, mais c'est un procès, pas une stratégie.
Mon médecin traitant peut-il me déclarer inapte ?
Non. Votre médecin traitant prescrit vos arrêts de travail et décrit votre état ; l'inaptitude au poste est constatée uniquement par le médecin du travail (article L. 4624-4). Les deux rôles se complètent : le dossier établi avec votre médecin traitant est ce que le médecin du travail examinera.
Combien de temps prend la voie de l'inaptitude ?
Plusieurs mois : constitution du dossier médical, courriers, visite de pré-reprise puis visite de reprise, avis du médecin du travail, délai d'un mois laissé à l'employeur pour reclasser ou licencier. Pendant l'arrêt, vous percevez vos indemnités journalières et, selon votre ancienneté, un complément de l'employeur.
Et si le médecin du travail ne me déclare pas inapte ?
C'est possible : l'inaptitude est une décision médicale que personne ne peut garantir. C'est pourquoi le cabinet mène en même temps la négociation avec l'employeur. Si l'avis ne conclut pas à l'inaptitude, nous réexaminons ensemble les autres options, sans vous pousser vers une démission.
Pour aller plus loin
- Rupture conventionnelle refusée : que faire ?
- Je n'en peux plus de mon travail : que faire, dans l'ordre
- Burn-out : quitter son emploi sans démissionner — l’accompagnement du cabinet
Page à jour au 3 novembre 2026. Cette information générale ne remplace pas une consultation : chaque situation est différente.
Parlez-nous de votre situation avant toute décision
Le cabinet vous répond et vous indique la marche à suivre. Chaque intervention fait l’objet d’une proposition d’honoraires préalable.
